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On est où ?

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Devenir « nanny » pour voyager : bonne ou mauvaise idée?

Devenir « nanny » pour voyager : bonne ou mauvaise idée?

Par Catherine Pilotto

On est où? On est en République Dominicaine. Je vous raconte la fois où j’ai accepté d’être « nanny », donc d’élever l’enfant des autres pour du $$$,  ou la fois où j’ai compris ce que c’était que l’intégrité.

Comprenez-moi bien, je comprends très bien l’utilité d’une nanny. Une aide supplémentaire  pour pouvoir tout faire et profiter de la vie. Moi aussi, plus tard, je veux des enfants et une carrière! Je veux aussi que mes enfants grandissent avec plusieurs figures adultes inspirantes. J’ai moi-même eu plusieurs nannies quand j’étais jeune! Tout cela est positif. Voilà où ça se corse.

En décembre 2015, je me suis embarquée dans une drôle d’aventure: une famille, appelons-les les ”Plènozas” m’offrait un poste temps plein de nanny en “vacances”. J’aurais été folle de refuser juste pour aller au party de jour de l’An chez mon ami. Un party, c’est un party. Être payée pour voyager, je dis pas non à ça. Sauf que là, toutes mes valeurs sont entrées en conflits d’intérêts.

Je me suis occupée du petit Billy, deux ans, dans une villa sans bon sens. Je croyais qu’on allait loger dans un resort bein fancy. Non, pas juste fancy. Papa Plènozas et son ami FullEuro avaient loué une villa de six chambres, encore plus de salles de bain, une piscine et un jacuzzi privés, vue sur le golf, jardins d’eau, trois salons, véranda et j’en passe! La villa était agrémentée d’un personnel, que dis-je, d’un équipage (!) : un chef, un serveur, un coursier, un valet et une bonne. Je n’ai pas fini. FullEuro venait d’Espagne avec sa femme et leur fils du même âge… et leur nanny! Six adultes pour s’occuper de deux bambins! Je pourrais vous raconter la semaine au complet, j’ai pleuré de rire tant c’était absurde parfois. Comme quand le bateau loué pour se rendre à l’île déserte n’était « pas assez gros »(!) Ou la fois où, au super anniversaire d’un autre gosse de riche, tous les chiens venaient en version “saucisses”. Tsé, un colley-saucisse, un berger-allemand-saucisse, un pug-saucisse…. câlisse! C’est pas normal (ni génétiquement, ni éthiquement), c’est une autre dimension. 

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photo prise undercover!

Là tu penses: 

« WOW le gros luxe! Tu as dû passer des bonnes vacances ».

Bein sais-tu, je ne me suis pas reposée pantoute! Je n’ai pas passé dix jours à me faire gaver d’ananas à même la bouche par le serveur ou à me faire masser dans la piscine de la villa du club privé du golf dominicain. Non. Je me suis occupée d’un flo qui me connaissait à peine. Je l’ai torché, changé, nourri, endormi, lui ai appris à nager et à inventer des histoires. Je lui ai montré qu’on peut faire des cachotteries, être coquin, tomber, se relever, continuer à jouer, péter et chatouiller un ami. Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit quand il était malade pour le coucher dans mon lit, puis dormir d’une oreille parce qu’il gigotait trop et manquait de tomber du lit à chaque seconde. Le consoler parce qu’il est finalement tombé du lit, le rendormir. J’ai été payée pour être sa “maman” pendant que ses parents étaient trop occupés à être en vacances.

Là tu te dis:

« Fair enough, ils ont besoin de repos.

C’est là que ça devient différent. Si c’était sensé être des vacances d’amoureux pour faire un deuxième bébé, ne prétend pas que tu veux les passer en famille, tes vacances. Je pense que la seule fois que Papa a pris Billy sur ses épaules, c’était pour prendre la photo souvenir. Lâche ton cel et tes associés deux secondes et encourage donc ton fils qui apprend à nager avec l’inconnue  dans ta piscine privée!  Aussi, ça serait bien que t’apprennes à changer une couche! J’ai pas essayé de calculer combien d’occasions t’as eu en deux ans, mais messemble que tu devrais être rendu à l’aise?

Ce que j’ai réalisé après quelques jours, même si je m’attachais de plus en plus au petit Billy, c’est que ce trip que je me suis payé, cette nouvelle expérience à laquelle j’ai dit “oui”, c’était pas des blagues ou à prendre à la légère, c’était en fait une vocation. Les Plènozas avait besoin de quelqu’un comme moi, patiente, aimante, douce et créative, qui voulait faire ça pour les vingts prochaines années.

C’est sûr que ça a l’air glamour, parcourir le monde avec cette famille bien nantie, mais à quel prix? Parce que moi, ce que j’ai compris là-dedans, c’est qu’on me demandait d’élever un enfant selon une liste de valeurs et de principes préétablis, dans un modèle de famille qui ne me touche pas. Mon jugement, ma personnalité et mon éducation n’auraient eu aucune influence dans l’avenir du petit. Est-ce que j’étais prête à accepter cela? À m’effacer? Moi qui pense que le bonheur se trouve dans la simplicité… Est-ce que j’étais prête, à 23 ans, à devenir maman par procuration, littéralement? Eh bein non.

Faque j’ai rajouté « nanny » à ma liste de jobs pas de bon sens sur mon CV, entre « mascotte de Boucherville »  pis « emballeuse de chocolat de Pâques »!

Dans mon voyage de nanny, j’ai quand même appris à définir mon bonheur. Ce voyage aura été une belle leçon: connaître mes limites, mes valeurs, mes principes et les faire valoir. Me respecter, m’affirmer, cracher sur les sous et sur les promesses de voyages… mais pour mieux repartir, et cette fois-ci, LIBRE !

Vous êtes chanceux, je n’en étais qu’à mes débuts! Ça vous tente de me suivre dans mes autres péripéties? C’est ici !

 

By the way, la mascotte c’était une mourfette. ✌

 

www.onestou.com
tous des bateaux trop petits! Pffff.

3 comments

  1. Très intéressant! Je vais aller vous lire dans vos autres péripéties .

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