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On est où ?

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Maroc: Marrakech – Ouarzazate

Maroc: Marrakech – Ouarzazate

: la route qui vaut le mal de coeur.

On est où? au MAROC entre Marrakech et  Ouarzazate

 

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C’est ma deuxième fois au Maroc. Cette fois-ci, j’ai la chance de parcourir le pays avec ma petite maman. J’ai eu le privilège d’avoir été élevée par des parents curieux de découvrir le monde et qui m’encouragent toujours autant dans cette bougeotte qui me quitte rarement.

Après Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech, on décide de se rendre au sud de Ouarzazate pour aller passer deux nuits dans le désert de Merzouga, à l’est du Maroc. Voyager au Maroc en train c’est facile! Par contre, il n’y a pas de train au sud de Marrakech. Ma petite hypothèse est que c’est parce qu’il y a l’impressionnante et quasi insurmontable chaîne de montagnes du Haut-Atlas qui séparent le Maroc méditerranéen du Maroc saharien.

Le trajet doit donc se faire en autobus voyageur. Il faut 4 heures pour parcourir 190 km, ça vous donne déjà une idée! On part du centre-ville, puis on s’arrête après une quinzaine de minutes . Un homme entre dans l’autobus avec son petit garçon. Je ne lui donne pas plus que quatre ans. L’homme paie le chauffeur, embrasse son fils et le laisse seul dans le bus avec deux clémentines. L’autobus est plein. Le petit garçon s’avance jusqu’au fond du véhicule et s’assoit sagement sur la petite marche, là où la dernière rangée de sièges est surélevée. 

Ma mère et moi sommes assises tout près de lui. L’autobus démarre et j’angoisse. Il faut faire quelque chose! Le trajet sera long, il n’a même pas de siège ni de ceinture! S’il arrive quelque chose, un arrêt sec, il déboulera, tête première, jusqu’en avant! Mon arabe et mon berbère inexistants, je mise sur le body language et l’espoir que quelqu’un parle français. Je suis paniquée et peut-être trop impliquée. Je fais signe au petit de venir s’asseoir sur mes genoux, mais il décline du regard. Après cinq minutes à capoter à voix haute, à insister, à ne plus tenir sur mes deux fesses, la femme derrière moi comprend ma détresse et s’adresse au petit en sa langue. Il s’assoie sur elle et son voisin pour le reste du voyage. Je prête mon iPod au gamin (moi et mon instinct maternel ) qui a l’air coupable d’exister, comme s’il avait enfreint la règle de son père de ne pas déranger, d’être sage. Par chance, maintenant que le garçon était en sécurité, je n’avais plus qu’à me soucier de notre survie.

 

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Un petit virage facile à 95 degrés.

Le trajet a probablement été un des plus grand stress de ma vie. Tsé quand tu penses mourir? À toutes les six secondes et quart? Ceux qui me connaissent confirmeront que je suis assez zen, rarement peureuse, je capote pas pour rien. Mais c’était pas rien! Pendant les trois heures à traverser le Haut-Atlas dans un autobus aussi long que le tournant en tête d’épingle, je me suis cramponnée à « ce que je pouvais » à m’en faire des bleus dans les paumes.  Ma mère, qui n’est normalement pas la plus confortable en voiture, garde son sang froid. Je pense que c’est un réflexe de maman. Si je capote, elle doit rester calme, pis je capote en tabarnak, faque elle dit rien et elle s’efforce de sourire! De la fenêtre, j’avais une vue imprenable sur les ravins ou sur le danger à venir. Je me suis imaginé tomber autant de fois qu’on a tourné. J’ai aussi visualisé une voiture nous rentrer dedans, jusqu’à ce que ça nous arrive pour vrai. Seigneur.

non, ce n'est pas le profile de Hitchcock!
non, ce n’est pas le profile de Hitchcock!

L’accident n’était pas si grave. La voiture, ne voyant pas au devant de la courbe, nous avait percuté en passant le devant de sa voiture sous le bus. Après avoir constaté que tout le monde allait bien, pis que l’autre conducteur ait retiré son char de en dessous de nous (!), on est repartis chemin faisant tsé, en espérant qu’il n’ait pas neigé au sommet des montagnes parce que si oui, on revire de bord. Faque on continue à rouler et je continue à prier, à faire des petits vomis dans ma bouche en ayant les larmes aux yeux. 

Pour terminer,  un autre petit fun fact pour agrémenter mon calvaire! Il n’existe pas d’élevage de bœufs au sud de Marrakech. Alors quoi, tu te dis, il ne mange pas de bœuf? Ben non. Il le font livrer? Ben oui. Mais tu oublies un détail intéressant: manger halal ça ne rime pas avec “envoyer un camion de viande surgelée voyager au sud par la route des montagnes”. Je vais te faire un dessin de comment ça se passe. Imagine-toi un camion cube rempli de dix vaches, vivantes, bien cordées et attachées par une corde au cou au semblant de mur de la boîte (en carton) du camion. Pis, ajoute dix autres vaches vivantes sur le toit du camion. Sans blague. Aux quatre coins du cube, il y a des similis poteaux attachés les uns aux autres par une corde pour faire semblant que c’est une clôture SUPER sécuritaire. Et puis là, t’as un chauffeur qui ne doit pas se gêner pour frencher sa femme et ses enfants avant de partir travailler. J’avais mal au cœur pour lui et pour les vaches qui tanguaient et valsaient une dernière fois dans les montagnes avant de finir dans nos assiettes. Ce soir-là, j’ai mangé un tajine au poulet.

Pendant quatre heures je me suis demandé:

Est-ce que je vais arriver de l’autre côté des montagnes?

Je peux te dire que quand on a fait notre arrêt pipi, j’ai ravalé mon vomi et mes larmes, et j’ai apprécié d’être en vie.

J’en ai fait des cauchemars pendant trois nuits, rêver de tomber, me réveiller en sursaut. Puis, angoisser à l’idée de devoir refaire le trajet inverse. Mais la route et les montagnes étaient époustouflantes et ça m’a amené à faire ce fabuleux et inoubliable voyage dans le désert marocain où la pleine lune nous a guidé vers les bivouacs.

Pour les cœurs encore plus sensibles, j’avais mal étudié mon affaire… Il y a un aéroport à Ouarzazate. Vas-y pour ça! Sinon, on est revenues en 4×4 et je peux te dire que la hauteur du véhicule y est pour beaucoup dans le mal de cœur!

 

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Ça vaut le mal de coeur, non?

2 comments

  1. Très intéressant ton expérience et très bien raconté! A te lire j’avais presque mal au coeur moi aussi. J’espëre qu’on pourra lire d’autres récits de tes voyages!

    1. Catherine says:

      C’est certain Monique! Merci de me lire 🙂

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