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La petite valise noire anonyme

La petite valise noire anonyme

par Amélie Desbiens

SIMPLICITÉ NON-VOLONTAIRE

J’avais tout organisé: les billets d’avion, l’hébergement, notre transport à l’arrivée. La préparation des valises. Celle de mon fils de 2 ans et demi et la mienne. Autant de morceaux choisis: des maillots de bains neufs, nos plus beaux vêtements d’été, une trousse de cosmétique, des médicaments.

Le plan se résumait à ça: Une semaine en famille au Mexique, rien que nous trois: la nature, la mer, le soleil, le sable, le dépaysement. J’avais dessiné le canevas de notre voyage mais je laissais le hasard et nos envies se charger du reste, au jour le jour.

Et vla-tu pas ce beau hasard qui me donne une gifle en pleine face dès notre arrivée dans un lieu paradisiaque, en pleine jungle, loin de tout repère valable pour les touristes que nous sommes.

–      Raf, elle est où ma valise ???
–      Attends, panique pas, on l’a surement déposée quelque part ici sur le terrain en arrivant.

Mais non. Pas de valise. Dans le pick-up qui nous a transportés, dans le sentier qui mène à notre chambre, au pied de l’escalier de notre terrasse: Pas de valise.

Je me rends à l’évidence, je revois la scène: On sort de l’aéroport de Cancun, on a 3 valises roulantes et 3 autres sacs plus petits. On rejoint nos hôtes qui nous attendent à côté de leur pick-up gris. On se présente, on se fait la bise, j’embarque mon fils sur le siège arrière pendant que mon chum et notre nouvel ami Sebastian chargent les bagages dans la boite du pick up. On part. On est heureux. Mon fils s’endort sur les genoux de son père. Une belle heure de route nous menant au paradis.

Ma valise noire, anonyme, pas cadenassée, sans aucune identification ou signe distinctif et non-enregistrée en soute est restée sur le trottoir.

SUR. LE. TROTTOIR.

✈

Je ne connaissais pas par cœur toutes les étapes du deuil mais avec le recul, je crois les avoir toutes traversées en accéléré:

  • LE DÉNI: non osti on n’a pas regardé partout on va la retrouver! Mais non.
  • LA COLÈRE: Tabarnak j’ai tout pensé, tout prévu depuis quatre mois pour qu’on se paye du bon temps. Avant-hier, je me suis fais épilé le bikini, les aisselles et les jambes, tout ça pour finalement devoir me baigner dans l’océan en t-shirt et bobettes empruntés à mon chum !!??
  • LA NÉGOCIATION: est-ce que je peux convaincre Sebastian de retourner à l’aéroport MAINTENANT pour effectuer une battue? Nan, il est occupé, il vient de faire 1h de route pour nous reconduire, ce serait abuser…  Ok d’abord, comment me rendre demain matin dans un magasin à rayons, acheter une robe d’été, un maillot laitte, un déo, une brosse à dent ?
  • RÉFLEXION ET RETOUR SUR SOI: je recopie ici la définition officielle de la 4e étape du deuil, parce que c’est là le nœud de l’affaire 😉
  • Arriver à la compréhension que l’on va devoir se changer soi. À ce moment, il y a obligation de se « repenser » pour continuer à fonctionner. Non mais… Je suis plus forte que ça, je ne vais pas laisser cet événement gâcher mon voyage. C’est quoi le plus important, au fond ? Pourquoi je suis ici ? Est-ce que je suis capable de passer par dessus la perte matérielle de mes effets ? Mais oui, bien sur. Il y a tellement pire dans la vie qu’une valise perdue. Rester positive. Mon fils et mon chum sont avec moi, tout le monde est top shape, j’ai certainement la force de profiter des moments à venir sans mon mascara ! Et sans cette robe sublime achetée au Portugal… Sans mes 3 maillots de bain. Et mes sandales favorites. Et mes bobettes propres… Ben oui, come on, je suis capable de passer par dessus tout ça !!!
Mon fils et mon chum (et leurs maillots!) sont avec moi. C’est ça l’important, non?

Plus difficile par contre de relativiser par rapport à la perte des pilules qui régulent la chimie de mon cerveau depuis trop d’années. Les effets secondaires du sevrage sont plus physiologiques que psychologiques et des étourdissements importants me guettent d’ici 36 ou 48 heures. Ma pharmacienne à Montréal ne peut rien faire pour m’aider à distance. Je devrai aller en ville à la recherche d’un médecin qui comprend et parle anglais pour une prescription ou alors soudoyer un pharmacien avec des dollars US

Mon hôte attentionné Guillermo me dit, entre 2 appels qu’il a placés à l’aéroport pour retracer ma valise noire anonyme: « Peut-être n’as tu pas vraiment besoin de ces médicaments ? Ma mère qui est asthmatique avait oublié ses pompes une fois en voyage, elle s’en est privée et elle n’en a plus jamais eu besoin depuis ce temps ! »

J’aimerais bien, Guillermo, j’aimerais bien…

Cinquième et dernière étape: L’ACCEPTATION: durant ma première nuit au Mexique, je dors mal, mais je n’angoisse pas. Obtenir une prescription d’urgence sera ma mission pour demain. Les plans changent. C’est ça, après tout, être en voyage: s’adapter, se laisser porter par les événements.

Je fais preuve de résilience par rapport à cette épreuve à petite échelle et je me trouve quand même hot. J’aurais pu pogner les nerfs plus que ça. J’ai juste dit à mon chum, après une demie-bouteille de vin: « on s’entend pour dire que tu es principalement responsable de ne pas avoir embarqué ma valise dans le pick-up, mais en échange, je te pardonne. »

Je vivrai ce périple d’une semaine avec l’esprit d’une parfaite hippie: loin des considérations matérielles, en me rapprochant de l’essentiel. De l’amour et de l’eau fraîche, ce sera suffisant.

🍷

Le lendemain, au bord de la piscine de notre petit domaine luxuriant, Sandra, ma nouvelle amie colombienne, me fait l’inventaire de sa trousse de cosmétique en m’offrant tout son contenu. Elle repart le lendemain, elle a tout en double chez elle. Ça lui fait plaisir. Je suis déjà au comble de la reconnaissance lorsque le miracle se produit.

Guillermo nous rejoint près de la piscine, téléphone à l’oreille en me demandant la marque de ma valise noire anonyme. Je ne m’en souviens pas. Mais je l’ai achetée en ligne. Vite, cherche dans mes mails ma confirmation de commande. Trouve la marque. Guillermo l’épelle au téléphone en espagnol.

Puis, dans un français superbe, il nous annonce:

-Ils ont la valise ! Oui !

On applaudit, on saute de joie. Sandra, mon fils, Raf et moi. Sebastian, le fils de Guillermo, part faire l’aller-retour seul pour récupérer ma valise à l’aéroport. Deux heures de route pour lui pendant que nous on se balade en prenant le soleil.

Il revient triomphant avec ma valise noire chérie et tout son contenu, absolument intact. L’inventaire est complet.

Et c’est là que débute mon voyage (déjà) parfait.

Toujours plus confortable être assise sur le sable, quand on a un maillot de bain 😉

CONSEILS À MOI MÊME (et à toi aussi, si tu veux!) POUR MON PROCHAIN VOYAGE:

  • Bien beau de vouloir gagner temps et $ en enregistrant aucun bagage en soute, mais souviens-toi qu’en multipliant les sacs, tu multiplies aussi les risques d’oublis !
  • TOUJOURS prendre le soin d’identifier les valises, à l’intérieur ET à l’extérieur avec nom, numéro de téléphone, e-mail et adresse de l’hébergement.
  • Tes médicaments, tu les gardes toujours près de toi, collés sur ton passeport, carte de crédit, téléphone et autre objet précieux.
  • Tant qu’à voyager à 3, répartie les effets de chaque membre de la famille également  dans chaque bagage. S’il y a un bagage égaré, vous partagez les pertes et personne n’est totalement dépouillé…
  • De rien 😉

3 comments

  1. récit rempli d’authenticité!

  2. francine ducharme desbiens says:

    sagesse exemplaire, philosophie spontanée, résilience remarquable, verve impressionnante.

    1. Amélie Desbiens says:

      Haha ça parait pas du tout que tu es ma mère !!!

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