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le triste sort des éléphants en Thaïlande: mon expérience

le triste sort des éléphants en Thaïlande: mon expérience

 Par Catherine Pilotto 

L’histoire qui suit est celle de Catherine. Son texte continue de me bouleverser à chaque lecture. Il s’agit évidemment de ses observations, ses sentiments, sa sensibilité, mais sa tranche de vie ne semble pas bien éloignée de la réalité et du mauvais sort que vivent les éléphants en Thaïlande. Je me souviens avoir fait un tour à dos d’éléphant lors de mon voyage en Thaïlande. C’était bien avant de connaître et de comprendre ce que doivent vivre ces pauvres bêtes. Depuis, j’ai le cœur gros quand je pense à eux. Melxx

Phetchaburi, Thaïlande

Avril 2018. Je suis à Sydney quand je décide, du jour au lendemain, de m’envoler pour Bangkok en Thaïlande. La grande coordonnatrice en moi est surprise d’être excitée devant autant de désorganisation. Ce voyage spontané avait quelque chose de très rafraîchissant et libérateur.

J’ai un mois devant moi. Je pars seule, sans connaître grand chose de la Thaïlande, à part que la soupe est bonne et que les plages sont belles. Je n’ai aucune idée d’où je veux aller à part que je veux la paix. Je suis un peu en mode survie, du genre ‘’changez moi les idées, j’ai le coeur brisé, sauvez mon âme’’ kind of mode.

Quoi de mieux pour se changer les idées que de pelleter, littéralement, de la marde ? Quoi de mieux pour se sentir mieux dans sa peau que de faire le bien avec un grand B? Quoi de mieux pour passer le temps que de donner le sien?

Une rapide recherche Internet me dirige vers le site de Wildlife Friends Foundation of Thailand. Excellent, ce serait ma destination ! Dès mon arrivée, on m’apprend que WFFT est le centre de Thaïlande ayant le meilleur taux de réinsertion dans la nature des animaux sauvages et que c’est à 70% grâce aux bénévoles comme moi que l’organisme peut fonctionner. Déjà là, un petite velours.

Une semaine dans la campagne thaïlandaise, logée et nourrie, à s’occuper des animaux sauvages. Vendu!  Bon… Tu es logé/nourri, mais tu payes pour y être et tu travailles 9 heures par jour… Je préfère le voir comme la chance de vivre une expérience hors du commun. Comme si je travaillais et faisais don de mon salaire à la fondation.

La plupart des animaux qui se trouvent au centre ont été sauvés de l’industrie du tourisme ou d’un mauvais usage domestique. On y trouve des éléphants, des ours, des reptiles, des oiseaux, des chiens, plus de 180 primates et j’en passe. Pendant 7 jours, j’ai servi ces animaux. J’ai dormi dans un appartement et mangé dans une cuisine située au beau milieu des éléphants. J’ai douché des iguanes, pelleté de la crotte d’ours et de loutre, nourri un oiseau à la main, nettoyé une forêt, un étang de tortues, j’ai lavé des chiens autrefois errants, j’ai appris à connaître le nom des singes, leurs goûts, leurs mauvaises habitudes, leur caractère, leur histoire. 

Déjeuner coloré pour singes affamés

Je fais face à des douzaines d’exemples de maltraitance et d’histoires qui ont mal viré. On m’a présenté chacun des animaux en m’expliquant comment ils sont arrivés au refuge. J’ai rencontré des singes alcooliques, diabétiques ou avec un trouble d’attachement sévère. J’ai connu des animaux racistes, sexistes, colériques, impitoyables. Tous ces comportements sont dérivés d’une mauvaise expérience auprès des humains. C’est atroce, il n’y a pas d’autres mots.

Na Deng, une vieille macaque aveugle.

Puis, on m’explique pourquoi les éléphants se retrouvent au refuge. En Thaïlande, on compte environ 5 000 éléphants et la moitié d’entre eux vivent dans ce qu’on appelle les treck camps. On utilise les éléphants pour amener les touristes et des marchandises dans des endroits reculés non desservis par des routes. Seulement les femelles sont domestiquées; les mâles sont trop têtus. Pour amadouer les éléphantes, les Thaïlandais  les capturent alors qu’elles ne sont que des bébés. Pour ce faire, la horde de femelles (de mamans) doit être massacrée. Les mères se battent jusqu’à la mort pour sauver leurs petits. Une fois ça de réglé, les Thaïs gardent les petites éléphanteaux dans des cages pas plus grosses que l’animal. Ils les battent à répétition et les nourrissent en quantité suffisante à leur survie. L’éléphanteau espère toujours que sa mère vienne la sauver de son ravisseur. Ce supplice est répété encore et encore, jusqu’à ce que l’éléphanteau perde enfin espoir. Alors, l’Homme commence à la nourrir et à être affectueux avec elle. À partir de là, la petite éléphante lui obéira.

Naturellement, les éléphants se couvrent de boue et de poussière pour se protéger des rayons du soleil. Évidemment, avec des touristes ou des marchandises sur le dos, les éléphantes n’ont pas le droit de se rouler dans la boue, elles sont donc brûlées par le soleil. Aussi, dans la culture thaïlandaise, le poil d’éléphant porte chance. On leur arrache les poils de queue et les cils pour faire de la magie noire… En plus des maux de dos, des cancers de la peau et des infections aux yeux, la survie de la race est en danger, beaucoup à cause de l’Homme, malheureusement. 

J’écoute, j’assimile, la larme à l’oeil, le mal au cœur. Je suis face à Pai, cette énorme bête;  la doyenne du refuge. Elle se tanne qu’un groupe de bénévoles la regarde avec pitié. Elle perd patience et charge sur nous. Heureusement, elle est retenue par les fils de son enclos, mais ils ne vont pas résister longtemps. Partons! Elle est insultée. Elle a compris. Elle est sensible. Moi aussi. J’ai compris quelque chose. Quelque chose qui allait tout changer. J’ai passé la semaine à côtoyer ces animaux, à apprendre à les connaître, à apprendre leur nom et les subtilités de leur personnalité, à écouter leur histoire et à leur espérer un futur. La vie de cette éléphante m’a touchée et j’ai senti en elle un être intelligent, jamais je ne lui aurais voulu de mal.  

Pai, dans son enclos.

Une logique évidente s’est alors imposée à moi; j’ai pris conscience de leur propre conscience et jamais je n’allais pouvoir manger de la viande à nouveau. Je ne me ferai jamais une mission de convertir tout le monde au végétarisme. Je crois qu’il s’agit d’un choix très personnel et que chacun doit le faire pour des raisons qui lui conviennent. Je ne suis pas raisonnable, ma raison, c’est mon coeur qui l’a prise. C’est par la rencontre incroyable de ces personnages de WFFT que tout a changé. Na Deng, Chico, Berny et tous les autres… Il y a neuf mois de cela, je venais en Thaïlande en quête de paix. Je l’ai trouvée, en partie, en la partageant.

Belle Pai, celle grâce à qui ma vie allait changer.

 

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