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La vie de tournée du Cirque du Soleil en Russie

La vie de tournée du Cirque du Soleil en Russie

Par Nicolas Chabot

C’est dimanche soir et je suis présentement sur la route, en compagnie de toute l’équipe de tournée de OVO, spectacle du Cirque du Soleil, quelque part entre Kazan et Tolyatti. Tu te demandes probablement c’est où – et c’est vraiment correct! – et je te répondrais que c’est en Russie, à environ une quinzaine d’heures de route à l’est de Moscou. Ça commence à être assez loin dans les terres!

Je viens de finir la semaine de travail à Kazan et je suis dans le bus pour un trajet de 6 heures avec mes collègues – un convoi de 3 bus qui transportent les artistes et les employés de soutien comme moi pendant que les techniciens restent derrière pour faire le démontage du spectacle.

Quand on fait des longs trajets comme ça, on a chacun 2 bancs par personne pour pouvoir s’étendre – on est bien traités!

C’est ma routine du dimanche soir depuis bientôt 2 ans et demi.

Avant de commencer à écrire sur les endroits que je visite ou que j’ai visités, j’avais envie de partager ça ressemble à quoi la vie en tournée en aréna avec le Cirque du Soleil.

En 2015, j’ai commencé à travailler pour le spectacle OVO du Cirque du Soleil.

Le Cirque du Soleil a des spectacles résidents (tu as sûrement déjà entendu parler des 7 spectacles à Las Vegas?), des spectacles de chapiteau (comme ceux qui s’installent dans le Vieux Montréal et qui restent généralement dans une ville entre 4 et 8 semaines), et puis il y a les spectacles comme celui pour lequel je travaille, les spectacles d’aréna, qui visitent des amphithéâtres de la taille du Centre Bell ou du Centre Vidéotron.

Montage

 

 

centre bell
Centre Bell

Montage

On est un groupe de 100 personnes qui voyage et vit ensemble environ 45 semaines par année. 50 artistes, environ 25 techniciens puis 25 autres employés de soutien (équipe de management, équipe de traiteur, régisseurs, coachs, physiothérapeutes, équipe de costumes, directeur artistique, etc.). On vient de 22 pays différents, on parle 10 langues différentes, on a tous un background différent (certains ont grandi dans un cirque traditionnel avec papa-maman qui étaient artistes eux-aussi et il y en a d’autres avec un parcours plus plate – comme moi, mettons – qui a grandi en banlieue de Québec chez les parents et a fait un parcours universitaire ben normal à Montréal).

J’ai un environnement de travail extrêmement motivant et inspirant, où c’est toujours tellement facile de remettre les choses en perspectives, d’avoir un nouveau point de vue, où on peut apprendre, apprendre et apprendre en écoutant les histoires de tous et chacun.

Mon travail comme attaché de presse sur le spectacle est d’être en contact avec les médias locaux de chaque marché qu’on visite afin de s’assurer qu’ils passent le mot à tout le monde que le Cirque est en ville. Mais en vrai, mon travail c’est beaucoup de connaître tous ces petits bijoux d’histoires de parcours de chacun qui font la richesse de notre équipe et de notre spectacle, pour pouvoir mieux les raconter. J’adore mon travail!

Avec notre spectacle, on change de villes à chaque semaine, ce qui fait que depuis que je suis sur OVO, j’ai visité mon lot de nouveaux paysages, dans 80 villes différentes.

Ce que ça veut dire aussi c’est :

      80 villes visitées, dans 10 pays différents (États-Unis, Canada, République Dominicaine, Autriche, Suisse, Allemagne, Royaume-Uni, Belgique, Pologne, Russie)

  • 80 chambres d’hôtels et tout autant de lits différents
  • 80 bureaux différents – allant de la loge VIP récemment rénovée au vieux vestiaire de hockey qui sent l’effort!
  • Un nombre maintenant incalculable d’heures passées dans des bus, des trains et des avions à transférer de villes en villes et de villes de tournée à la maison.
  • Un nombre trop petit d’heures passées dans mon appartement à Montréal
White Sands - New Mexico
White Sands – New Mexico

Emmetten - Switzerland

Emmetten – SwitzerlandJe suis encore sur la route entre Kazan et Tolyatti. Plus près de Tolyatti maintenant, enfin j’espère ! Ça fait 3 heures qu’on roule sur une route cahoteuse…

Le paysage est quand même assez familier et étrangement, même si je suis au beau milieu de la Russie, je pourrais croire que je suis quelque part sur la 117 en route vers Mont Tremblant.

On vient de vivre un petit drame. Malgré ce qui était entendu avec la compagnie d’autobus, 2 des autobus n’avaient pas de toilettes fonctionnelles… Puis, à mi-chemin, on s’est arrêté sur le bord de la route à un truck-stop-café-station-service que la même compagnie nous avait recommandé, pour plutôt trouver un building en ruine. Le rest stop n’existe plus depuis probablement 10 ans.

Il est 23h, il fait noir. 50 personnes arrêtées sur le bord de la route en campagne russe devant ce qui ressemble un scénario de film d’horreur (merde, pourquoi j’ai pas pris de photos?!?). 50 personnes qui ont fait 2 shows aujourd’hui – bu beaucoup d’eau! –  qui ont leur semaine dans le corps et qui ne voulaient que faire un petit arrêt pipi.

Soudainement, l’un des chauffeurs russes réalise la situation et s’adresse à l’un de nous qui parle russe. Soudainement, l’histoire change et il y a une toilette dans son bus qui fonctionne. On se relaie à 50 personnes pour utiliser la mini toilette du bus…

Les petits bonheurs de la vie sur la route…!

Rien d’ouvert à l’horizon. Tout est noir et on est au milieu du bois.

Je me sens loin d’un trajet Québec-Montréal sur la 20.

On reprend la route en quête de jour meilleur.

 

dans le bus !

Je pars généralement 10 semaines de suite en tournée, puis j’ai 2 semaines off à la maison. Chaque semaine, l’équipe fait généralement 7 shows en 5 jours, du mercredi au dimanche, mais mon horaire à moi ressemble généralement à ça :

  • Lundi : OFF!
  • Mardi : Montage – Pendant que les techniciens assemblent nos 23 camions d’équipement en un beau gros stage pas piqué des vers, je monte mon bureau et je prépare la semaine
Un bureau dans un vestiaire: oui, ça sent l’effort.
  • Mercredi : Jour de PREMIÈRE! – Pendant que les artistes font des validations techniques et répétitions en après-midi, j’accueille les médias de la ville à l’aréna et leur montre les dessous du spectacle. On accueille à nouveau les médias qui couvrent le spectacle en soirée.
  • Jeudi et vendredi : Rattrapage d’emails et planification des villes et marchés à venir (autant la semaine prochaine que dans 1 an). Je travaille autant à coordonner une entrevue téléphonique avec un artiste pour un magazine dans un futur marché qu’à organiser notre présence dans une grosse émission de télé.
  • Samedi : OFF! J’essaie d’en profiter pour visiter la ville, trouver un bon café ou un brunch (pas toujours facile à trouver dépendamment du pays où tu te trouves!!), prendre une longue marche et cocher tout ce qu’il y a à voir de sur ma liste.
  • Dimanche : Pendant que l’équipe fait les 2 derniers shows de la semaine, je m’assure que tout est prêt pour la semaine suivante et je démonte mon bureau. Le dernier show finit à 19h et généralement, à 19h30, 3 bus sont sur la route vers la prochaine ville, pendant que les techniciens restent derrière et font le démontage.

Rien de mieux qu’un bon transport de 5-6h après une semaine de travail qui t’a déjà mis à terre!

 

en coulises
en coulisses

 

Ëtre en tournée, c’est une constante gestion du FOMO (fear of missing out ou la peur de manquer quelque chose) 

Le rythme de vie, de travail est trépidant et vraiment excitant. Les stimulis sont constants, les opportunités aussi. À 100 personnes qui découvrent une ville à chaque semaine, il y a toujours quelque chose à faire – 3 techniciens ont trouvé un speakeasy qui fait des bons cocktails l’autre bord de la rue, il y a un restaurant coté comme l’un des 20 meilleurs au monde et il y a peut-être possibilité d’avoir une réservation, des billets se libèrent pour un show que tu veux voir depuis des années – bref, il y a quelque chose de spécial tous les jours, tellement que ça n’en est plus spécial! Il faut apprendre à doser, à comprendre quand c’est le temps d’aller dormir, que c’est correct de ne pas tout voir, tout visiter, tout vivre.

À chaque semaine je me dis: 

 

‘Ok, c’est la semaine prochaine que je passe mes 2 journées de congé dans ma chambre d’hôtel à me reposer’.

Mais ça ne m’arrive jamais. JA-MAIS.

J’ai quand même ralenti pas mal par exemple!

Mais ça a été un long long apprentissage depuis 2 ans et demi!

La vie en tournée, c’est 100 personnes qui vivent ensemble, voyagent ensemble, sont loin de leur chum, de la famille et des amis et s’ennuient. 100 personnes qui ont une expertise vraiment spécialisée – de marcher sur un fil de fer mou sur une structure en mouvement à spécialiste en logistique ou en immigration, en passant par la physiothérapeute qui connaît par cœur le corps de 50 artistes.

Tous un rôle tellement précis et important à jouer pour réaliser un spectacle tous les soirs. On vit le quotidien ensemble à la puissance 10. On dort dans des chambres d’hôtels côte à côte. On se croise au déjeuner de l’hôtel avec notre haleine du matin et les cheveux en brosse. On se partage des plages horaires de nos machines à laver pour faire notre lavage et on se chicane quand quelqu’un ne respecte pas son temps.

La vie privée est un concept parfois flou!

Et pendant ce temps, il y a aussi le défi de rester en contact avec les racines, ceux qui nous rappellent qu’il y a de la vie ailleurs que sur la planète OVO.

Après des journées de 12h, avec le décalage horaire, le mauvais WIFI (le pire ennemi de la vie en tournée!!), les activités qui arrivent à gauche à droite, c’est difficile de s’arrêter et enchaîner les appels outremers.

Facebook, Instagram me sauvent la vie pour me tenir au courant de tous les bébés et projets de maisons qui poppent autour de moi, mais mes vrais sauveurs, ce sont mes group chats avec les amis et la famille!

Il est 2h30 du matin. On n’a pas pu arrêter nulle part finalement. C’était complètement désert sur la route, épeurant, rien, niet!

J’arrive maintenant à l’hôtel à Tolyatti. L’équipe de la Russie m’a préparé : « Imagine quelque chose de vraiment soviet. Bon ben c’est là que tu vis la semaine prochaine! »

En arrivant, ce sera le cocktail du check-in quotidien, le même rituel à chaque semaine :

  • 3 autobus qui arrivent en même temps
  • 1 mer de 180 valises
  • 75 personnes qui courent comme des poules pas de tête en quête de leurs effets personnels, de leur clé de chambre et d’une nuit de sommeil.

Bonne nuit!

 

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